Déclaration officielle commune – Conférence sur l’arrêt de l’extradition du citoyen égyptien Abdul Rahman Al-Qaradawi par l’État libanais

Avec la participation d'un certain nombre d'organisations non gouvernementales internationales de défense des droits de l'homme, d'avocats et de juristes

Avec la participation de diverses organisations internationales non gouvernementales de défense des droits humains, de juristes et d’experts, les signataires condamnent la détention du poète Abdul Rahman Yusuf Al-Qaradawi sur la base d’un mandat provisoire émis par le Conseil des ministres de l’intérieur arabes.

La demande d’extradition soumise par l’Égypte repose sur une condamnation par contumace à trois ans de prison contre Abdul Rahman Yusuf dans une affaire impliquant 23 accusés, tous journalistes, politiciens ou personnes ayant exprimé leurs opinions par le biais de publications, d’apparitions médiatiques ou de plateformes sociales. Par ailleurs, les Émirats arabes unis (EAU) exigent sa poursuite sur leur territoire, invoquant une vidéo enregistrée en Syrie jugée comme incitant à des troubles publics et promouvant la violence et le terrorisme.

Les participants à la conférence soulignent que ces accusations portées contre le dissident égyptien ne sont pas punissables en vertu de la législation libanaise, car elles relèvent de l’exercice de la liberté d’opinion et d’expression, un droit inscrit dans la constitution libanaise. En outre, ils affirment que ces allégations sont infondées, politiquement motivées et de nature répressive.

Les participants mettent en lumière les graves et persistantes violations des droits humains commises par les autorités égyptiennes, notamment des décès de détenus dus à la torture, des placements en isolement prolongé et l’incarcération de plus de 60 000 dissidents politiques. Parmi eux figurent la sœur et le beau-frère de l’accusé, toujours détenus à ce jour.

En outre, des préoccupations sont soulevées concernant les mesures rapides et extraordinaires adoptées par les autorités des Émirats arabes unis, notamment l’émission d’un mandat d’arrêt par le procureur général, sa diffusion par le Conseil des ministres de l’intérieur arabes, sa notification au pouvoir judiciaire libanais, suivie de la demande d’extradition en trois jours et de la programmation d’une audience le quatrième jour. Cette précipitation sans précédent suscite des craintes de motivations répressives contre le poète détenu, ainsi que l’intention de le soumettre à la torture par une extradition forcée.

Les signataires soulignent l’impératif de mettre fin à l’utilisation abusive d’Interpol par les régimes autoritaires à des fins politiques, en particulier contre des dissidents pacifiques. De telles pratiques détournent la mission fondamentale d’Interpol de lutter contre le crime et sapent sa légitimité en permettant des vendettas politiques.

Recommandations :

Le gouvernement libanais doit rejeter catégoriquement l’extradition d’Abdul Rahman Yusuf vers l’Égypte ou les Émirats arabes unis, conformément à la Convention contre la torture, ratifiée en 2000, à l’article 3, ainsi qu’aux autres dispositions pertinentes du droit international et libanais.

Les autorités libanaises doivent tenir compte des violations des droits humains documentées à l’encontre des opposants politiques en Égypte, comme cela a été largement détaillé dans des rapports internationaux, ainsi que des violations des droits humains aux Émirats arabes unis, qui incluent des cas de torture, de mauvais traitements des détenus et d’atteintes aux droits des détenus, y compris dans des affaires impliquant des citoyens libanais. Ces violations ont été reconnues par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies et le Parlement européen.

Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme et le Comité contre la torture doivent exhorter le gouvernement libanais à s’abstenir d’exécuter la demande d’extradition, en insistant sur les obligations du Liban en vertu des accords internationaux qu’il a ratifiés, en particulier la Convention contre la torture.

En cas d’extradition d’Abdul Rahman Yusuf, les organisations signataires et les participants à cette conférence engageront des poursuites judiciaires contre les responsables du gouvernement libanais devant les juridictions européennes et le Comité contre la torture, les tenant responsables des violations du droit international et des infractions à la Convention contre la torture.

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