Genève, le 27 décembre 2024
Le ministère public de la province de Médenine, dans le sud de la Tunisie, a ordonné à la Garde nationale de Ben Guerdane, à l’aube de ce vendredi, de placer M. Ahmed Al-Amari, dirigeant du mouvement Ennahdha et ancien député (mandat 2014-2019), en détention provisoire, en attendant sa présentation devant le procureur. Cette décision intervient seulement 48 heures après que la cinquième chambre criminelle spécialisée dans les affaires de terrorisme du tribunal de première instance de Tunis ait décidé de le libérer sous contrôle judiciaire dans une affaire où il était impliqué aux côtés de Mehdi Ben Gharbia, ancien ministre emprisonné.
Il convient de rappeler qu’un mandat de dépôt avait été émis contre Ahmed Al-Amari en mars 2023 dans une affaire impliquant M. Mohamed Ben Salem, ancien ministre, et le journaliste Ali Laifi. Cependant, la chambre d’accusation du tribunal de Gabès avait décidé, le 25 septembre 2023, de le libérer en remplaçant la détention par une assignation à résidence.
L’Association des Victimes de la Torture à Genève dénonce avec vigueur les actes de harcèlement systématiques et continus dont M. Ahmed Al-Amari, dirigeant du mouvement Ennahdha et ancien député, est victime. À plus de 70 ans, il souffre de déficience visuelle et de graves problèmes de santé. L’association tient les autorités tunisiennes pour entièrement responsables de la détérioration de l’état de santé de M. Ahmed Al-Amari et exige sa libération immédiate ainsi que celle des autres prisonniers détenus arbitrairement. Elle appelle également à la cessation des poursuites judiciaires et des procès inéquitables qui ne respectent pas les normes minimales d’un procès équitable.
L’association alerte sur les dérives vengeresses des autorités tunisiennes à l’encontre de leurs opposants politiques. À titre d’exemple, la semaine dernière, M. Al-Ferjani, détenu, et d’autres accusés ont été transférés dans des caissons étroits ne permettant ni de respirer correctement ni de s’asseoir convenablement. Ce transfert a duré deux heures et demie, suivi d’une attente de sept heures supplémentaires en raison du retard du juge. Par ailleurs, les accusés dans l’affaire de la « conspiration contre la sûreté de l’État » restent en détention après plus de 22 mois, la Cour de cassation ayant rejeté leur demande de libération le mercredi 25 décembre 2024.
L’association rappelle aux autorités tunisiennes que la justice finit toujours par triompher, même après un délai, et que les crimes de torture sont imprescriptibles.
Président, Abdennacer Nait-Liman